[ Tribune de Dominique Bilde sur Boulevard Voltaire ] ArcelorMittal trouve de l’argent en Europe…

Lundi 13 mars 2017, ArcelorMittal et la BEI signaient un prêt de 350 millions d’euros « en soutien à l’investissement du groupe industriel ».

Le site de Florange est devenu le symbole de la désindustrialisation de la France, touchant particulièrement le secteur de la sidérurgie dans l’Est. En 2011, le groupe indien ArcelorMittal mettait successivement à l’arrêt les deux hauts-fourneaux de son usine de Florange. En pleine campagne présidentielle, le sujet suscitait une immense polémique.

En effet, les ouvriers craignaient que leur site ne subisse le même sort que celui de Gandrange, qui avait été fermé en dépit des rodomontades d’estrade de Nicolas Sarkozy. Évidemment, François Hollande, monsieur « Moi Président », faisait alors de Florange son cheval de bataille.

Dans une scène qui le poursuivra tout au long de son futur quinquennat, celui qui n’était alors que le candidat du Parti socialiste se dressait sur le toit de la camionnette de l’intersyndicale après avoir partagé un sandwich à la merguez en compagnie des ouvriers. Il le jurait alors, « Lui Président » défendrait la filière sidérurgique et ferait passer une loi prévoyant que « quand une grande firme ne veut plus d’une unité de production, elle soit obligée de la céder à un repreneur » afin qu’elle ne soit pas « démantelée ».

Après toute une année de démonstrations bruyantes, les hauts-fourneaux de Florange étaient définitivement mis à l’arrêt le 24 avril 2013. Pour l’occasion, les syndicalistes exhibaient une stèle sur laquelle on pouvait lire : « Trahison. Ici reposent les promesses de changement de F. HOLLANDE faites aux ouvriers et leurs familles. »

Lundi 13 mars 2017, soit plus de cinq ans après, ArcelorMittal et la Banque européenne d’investissement (BEI) signaient un prêt de 350 millions d’euros « en soutien à l’investissement du groupe industriel ». Le tout accompagné de promesses qui n’engageront que ceux qui y croiront…

Car, comme de bien entendu, ce financement sera théoriquement conditionné au respect d’un cahier des charges stipulant qu’ArcelorMittal devra justifier l’utilisation de ces fonds et produire, en 2020, un bilan chiffré prouvant que les objectifs fixés ont été atteints (nombre de brevets, maintien des emplois sur les sept sites européens du groupe).

ArcelorMittal n’est pas une entreprise philanthropique européenne. Ce géant indien cherche, avant tout, à maximiser ses immenses profits. Son chiffre d’affaires était de 53 milliards d’euros pour l’année 2016. Excusez du peu. Je crois que nous lui avons déjà beaucoup donné, malgré les fermetures de sites qui ont mis de nombreux Lorrains au chômage. Quant à la BEI, on peut se demander quelles sont les raisons qui la poussent à financer un groupe aussi important ; lequel n’a nul besoin d’un prêt européen, auquel la France contribue pour environ 16,11 %.