[ Tribune de Dominique Bilde ] Liban: pas d’indifférence, mais pas d’ingérence.

Un champ de ruines : voilà ce qu’il reste de la double explosion du port de Beyrouth qui a eu lieu le 4 août dernier. Depuis, la situation continue de se détériorer.

Emmanuel Macron, en se rendant dans la capitale libanaise, a oublié cet adage pourtant bien utile en politique étrangère : pas d’indifférence, mais pas d’ingérence. Comme François Hollande se payant le luxe d’un bain de foule au Mali alors que sa côte de popularité était au plus bas dans son propre pays, l’actuel président de la République nous refait le même coup devant des Beyrouthins désespérés.

Plutôt que d’aller faire de grandes déclarations au Liban, il ferait mieux de méditer sur ce que le cas libanais peut nous apprendre, ici en France.

Tout d’abord, l’exode de la communauté chrétienne du Liban doit nous alerter. Avec les Coptes d’Égypte ou les chrétiens de Syrie et d’Irak, les maronites du Liban quittent massivement leur pays d’origine depuis des décennies maintenant. Cela a pour conséquence de fragiliser encore la situation de ceux qui restent là-bas. Ils partent toutefois avec raison, cernés par l’islamisme montant, que l’État islamique hier et le Hezbollah aujourd’hui, incarnent tristement dans une région où l’intolérance à leur égard s’accroît  toujours plus.

Ensuite, nous ferions bien de nous demander comment ce pays qui avait pourtant tout pour lui a pu sombrer dans une guerre civile aussi meurtrière. Sur fond de tensions interconfessionnelles, le Liban s’est embrasé entre 1975 et les années 90, au point de ne rien laisser debout. L’équilibre fragile sur lequel reposait la paix entre les communautés ayant disparu, le bruit des armes a couvert les rires des enfants. Des cicatrices jamais refermées, et qui risquent de se rouvrir aujourd’hui, alors que le Hezbollah démontre chaque jour toute l’étendue de sa puissance, en gérant à la place de l’État libanais la crise sanitaire qui n’a pas épargné ce pays pourtant déjà mille fois meurtri.

Enfin, nous devrions nous questionner sur la faillite d’un État libanais qui n’exerce pas le contrôle sur l’entièreté de son territoire.  Un État que des politiques corrompus utilisent pour s’enrichir au détriment d’une population qui s’appauvrit comme jamais. À l’heure actuelle, plus d’un Libanais sur deux vit sous le seuil de pauvreté. Une triste réalité qui contraste avec la « Suisse du Moyen-Orient » comme ce pays était souvent appelé autrefois. Il s’agit de bien lointains souvenirs au regard de la catastrophe actuelle…

Trois facettes de la situation libanaise qui doivent être des leçons pour la France. Comprendre comment un pays s’écroule sur lui-même nous semble fondamental pour orienter nos choix politiques ici, d’autant plus que nos amis libanais nous le disent : ne faites pas les mêmes erreurs !

Une bonne mise en garde à notre encontre vaut mieux qu’une ingérence maladroite à leur égard. b

Tentons de comprendre comment le Liban en est arrivé là, et soyons à leurs côtés pour les aider à éviter le pire. Les Libanais doivent savoir que la France les soutient, avec bienveillance, mais dans le respect de leur souveraineté !


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