[ Tribune de Dominique Bilde ] « Djihad » : le juteux business de la déradicalisation.

« Dénoncer l’ignorance », « passer du vivre-ensemble au faire-ensemble » … c’est peu de dire qu’Ismaël Saidi ne lésine pas sur les poncifs. « Un homme m’a dit un jour qu’il avait peur des femmes voilées, il y en avait une à trois chaises, je les ai invités à se rapprocher, ils ont discuté pendant une heure, ils se souriaient » s’extasie-t-il ainsi au micro du Parisien. Quant à l’inspiration pour son œuvre au titre un brin provocateur, « Djihad », il ne la devrait à personne d’autre qu’à… Marine Le Pen !

Si la pièce de théâtre ne saute pas à pieds joints dans la potion de la victimisation, le diable se cache dans les détails. Les candidats au djihad ? Des « paumés » ou des « pieds nickelés », c’est selon. Leur départ vers la Syrie ? Une « épopée » -motivée, cela va de soi, par une société « qui ne cesse de les stigmatiser. » Comme on pouvait s’y attendre, les récompenses n’ont pas tardé à pleuvoir dru sur le dramaturge belge d’origine marocaine. Déclarée d’utilité publique en Belgique, la pièce recevait en France l’onction suprême de l’inscription au plan Eduscol par Najat Vallaud-Belkacem. Le spectacle fait depuis régulièrement la tournée des lycées et des prisons, où l’on se demande quel effet peut bien produire sur des criminels aguerris cette litanie de bons sentiments.

Au centre social de Glorieux Cité-Verte de ma chère ville de Verdun, Ismaël Saidi a pu compter sur le soutien de la Caisse d’allocations familiales  ainsi que sur l’abnégation de la directrice du centre qui se serait deux ans durant « battue » pour concrétiser le projet, nous assurait sans rire l’Est Républicain la semaine dernière.

Ismaël Saidi a-t-il cru y trouver la poule aux œufs d’or ? Il est certain en tout cas que surfer sur la vague de la « déradicalisation » est devenu un juteux business. Depuis les attentats de 2015, les sommes qui y sont consacrées ont crû de façon exponentielle, passant de 70 millions d’euros en 2015/2016 à 123 millions en 2017. Sans résultats tangibles, si ce n’est de faire le miel d’associations comme celle de Dounia Bouzar, qui aurait reçu entre 2014 et 2016 près de 900 000 euros. Le centre de déradicalisation de Pontourny restera également dans les annales : prévu pour 25 personnes, il sera placé sous moratoire en 2017 faute d’occupants –entre temps, l’un des rares pensionnaires aura tout de même trouvé le moyen d’être arrêté pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. La palme revient sans doute au site “stop-djihadisme.gouv.fr”, dont le lancement avait suscité l’hilarité des médias anglo-saxons.

Coûteuse baudruche gonflée à coup d’argent public, la lutte contre la radicalisation risque donc de connaître le même destin que la politique de la ville, qui déverse depuis des décennies des millions en pure perte dans le puits sans fond des banlieues. La faute à notre naïveté occidentale qui se refuse à appeler un chat un chat et un djihadiste un criminel.


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