[ Tribune de Dominique Bilde ] Bruxelles veut faire des Européens des migrants comme les autres.

Pour tout enseignant, le mois de septembre est celui de l’apprentissage des prénoms de ses élèves. Il faut alors s’efforcer de faire l’appel sans écorcher des prénoms aux sonorités toujours plus exotiques.

Elles sont le signe d’un profond recul de l’assimilation. Au lieu de prendre un prénom français depuis plusieurs décennies – ceux que l’on retrouve par exemple sur les monuments aux morts, dans les noms de rues ou bien parmi les saints du calendrier – les enfants sont de plus en plus nombreux à porter un prénom issu d’une langue étrangère. Si le législateur français, qui jetait aux orties en 1993 l’obligation d’attribuer un prénom conforme à la tradition n’est pas pour peu dans ce bouleversement, force est de constater que ce choix témoigne de la volonté des parents d’affirmer leurs origines plutôt que leur appartenance au pays d’accueil. Pour les chantres de l’intégration plutôt que de l’assimilation cela ne pose aucun problème puisqu’intégrer signifie ajouter. C’est ainsi que Tariq Ramadan affirmait en 2014 que « des noms comme Aïcha et Mohamed sont français ».

L’Union européenne ne donne pas un autre sens au mot intégration. C’est d’ailleurs le même mot qu’elle utilise pour ses élargissements géographiques sans fin.

C’est donc sans surprise que ses programmes visant l’intégration des immigrants subventionnent des projets valorisant la culture de ces derniers. C’est ainsi que le projet « Refugee Journeys International » vise à « souligner l’apport culturel des réfugiés aux communautés qu’ils rejoignent »1. Et que le projet ORPHEUS XXI porté par la Saline Royale d’Arc-et-Senans en 2016 en faisant la promotion des talents musicaux des immigrants affirmait que « les enfants impliqués apprendr[aient] ensemble le patrimoine musical de l’autre. »

Les exemples de la sorte sont nombreux puisque douze projets par an sont subventionnés à hauteur de près de 200.000 euros chacun. Les immigrants sont ainsi généralement invités à présenter sur scène, sur vidéo ou autre media artistique, leur culture et leur histoire. Dans leur langue bien entendu, par exemple les enfants du projet « Story time » qui racontent des histoires en arabe.

Tout ceci vise à valoriser les immigrants et à créer de l’empathie afin que les populations locales les acceptent comme des égaux non parce qu’ils choisiraient de devenir européens, mais seulement parce qu’ils souffrent. Bruxelles impose donc par la pitié une immédiate et brute intégration.

Le réel est chassé par l’émotion et toute manipulation est bonne pour y parvenir. Il n’y a plus de migrants, que des réfugiés. Dans le document présentant les 12 projets sélectionnés pour l’année 2016, le mot « migrant » n’est cité que 11 fois dans le corps du texte tandis que l’on retrouve 72 fois le mot « réfugié »2. On est bien loin des statistiques d’Eurostat qui révèlent qu’en France, moins de 20% des demandeurs d’asile ont obtenu le statut de réfugié et que plus de 70% n’ont obtenu aucune protection3.

Toute politique européenne d’intégration est construite sur cette logique. Le tout récent Corps européen de solidarité qui a vocation à renforcer la solidarité entre jeunes européens bénéficie sans aucun doute aux ONG immigrationnistes qui disposent ainsi de jeunes à leurs services.

Ce parti pris est d’ailleurs tristement reflété par les arbitrages budgétaires européens. Alors que le volet «immigration et frontières » du prochain cadre financier pluriannuel 2021-2027 doit bénéficier de la plus forte augmentation budgétaire par rapport à la période précédente, celle-ci visera surtout à « développer les capacités de recherche et de sauvetage », à en croire le document de présentation publié par la Commission européenne4.

Alors qu’il ne viendrait pas à l’idée du bon père de famille de venir en aide à tous ceux qui lui demandent une petite pièce quelle que soit leur situation et sans exigences, c’est pourtant ce que préconise Bruxelles.

Un tel père de famille serait voué aux gémonies pour le danger qu’il ferait courir à ses enfants. De fait, si nous ne faisons rien pour encourager l’assimilation, la culture des migrants ne s’ajoutera pas à celle de la population d’accueil, elle la remplacera. En Angleterre et au Pays-de-Galle, depuis 2007, Mohamed (et ses différentes orthographes) est le prénom le plus donné aux nouveau-nés5. De même à Oslo depuis 2010, comme le notait la BBC en 20146. Et en 2017 à Bruxelles, le prénom masculin le plus courant était Mohamed (13.313). Le second prénom, Jean, était près de deux fois moins représenté (7.409), suivi de… Mohammed (4.731)7. Au moins, pour une fois, Bruxelles est la première victime de ses politiques.

https://ec.europa.eu/programmes/creative-europe/sites/creative-europe/files/2017_cult-11_refugees_facts_web_1.pdf
https://ec.europa.eu/programmes/creative-europe/sites/creative-europe/files/2017_cult-11_refugees_facts_web_1.pdf
https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=File:Distribution_of_first_instance_decisions_on_(non-EU)_asylum_applications,_2017_(%25)_YB18.png
https://eur-lex.europa.eu/resource.html?uri=cellar:c2bc7dbd-4fc3-11e8-be1d-01aa75ed71a1.0022.02/DOC_1&format=PDF
https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/angleterre-et-le-prenom-le-plus-donne-aux-bebes-garcons-est_129599.html
https://www.bbc.com/news/blogs-news-from-elsewhere-28982803
http://www.lesoir.be/140295/article/2018-02-15/mohamed-et-maria-les-prenoms-les-plus-courants-bruxelles