Intervention en commission culture lors du dialogue structuré avec les Commissaires Marianne Thyssen et Tibor Navracics sur « l’Agenda pour des compétences nouvelles pour l’Europe »

Madame et Monsieur les Commissaires,

J’ai bien compris que la prochaine initiative de la Commission pour la compétence vise notamment à accroitre l’employabilité des jeunes, ce qui est une nécessité vitale quand on considère les taux de chômage des jeunes, lesquels restent très élevés dans certains États membres avec des chiffres s’élevant jusqu’à 50,1% comme en Grèce. Dans d’autres États, ce taux a même augmenté depuis la mise en œuvre de l’Initiative pour l’Emploi des Jeunes, comme en France.

Jusqu’à présent, l’Union Européenne semble donc défaillante dans la lutte contre le chômage et particulièrement le chômage des jeunes, c’est pourquoi je reste dubitative quant à cet Agenda pour des compétences nouvelles. Je voudrais d’ailleurs à ce titre relayer les inquiétudes des enseignants qui, par l’intermédiaire du Comité syndical européen de l’éducation a émis de vives critiques quant à votre projet.

Le monde enseignant a en effet alerté sur les risques de privatisation de l’enseignement que comporte votre initiative, notamment au travers du financement basé sur la performance des écoles publiques de formation EFP. S’il est bien évidemment nécessaire de développer les liens avec le monde de l’entreprise, notamment les PME, dans la formation des parcours d’apprentissage, ce système risque de porter atteinte à l’égalité des chances : comme l’a signalé le syndicat d’enseignant britannique UCU par exemple, il contient le risque que les prestataires privés se montrent réticents à l’idée d’inscrire des élèves en situation de handicap mental ou physique, sachant que leur formation entraînerait davantage de frais.

Je rappelle de plus que, dans cette même communication, les enseignants s’inquiètent de ce que votre projet pourrait mettre à mal le principe de subsidiarité en matière d’éducation, notamment s’agissant du Cadre européen des certifications.

Enfin, je m’inquiète des effets dévastateurs de la politique d’austérité menée par votre Commission et qui a d’ores et déjà eu pour conséquences la dégradation du statut des enseignants, de leurs salaires et de leurs conditions de travail.

J’ai donc 3 questions :

1/ M. Navracsics, comptez-vous maintenir ce projet de financement basé sur la performance, et ce, malgré la subjectivité des indicateurs quantitatifs ?

2/ La Commission compte-t-elle outrepasser ses compétences en matière d’éducation avec les nouveaux instruments comme le Cadre européen des certifications ?

3/ Quel rôle compter vous laisser dans cet Agenda à l’apprentissage des savoirs fondamentaux, lesquels sont des outils essentiels à l’employabilité, quand on sait que, selon le rapport commun du Conseil et de la Commission concernant ET2020, au sein de l’UE, 22% des personnes âgées de 15 ans présentent des lacunes en mathématiques ; 18% de graves lacunes en lecture ?


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