[ Communiqué de Dominique Bilde ] FVM, Dr Fischer : laminée par la Chine, l’industrie lorraine vit-elle ses derniers instants ?

Alors que les incertitudes sur le sort de Saint-Gobain PAM, en proie aux appétits du géant de la sidérurgie Xinxing, défrayent la chronique, c’est un autre groupe chinois au petit nom charmant qui fait cette fois parler de lui.

Tout avait commencé avec le rachat par JinJiang, en 2017 de trois des quatre usines du groupe Arche Industries, dont FVM Technologies à Villers-La-Montagne en Meurthe-et-Moselle. À l’époque, l’impétrant s’engageait, selon le Républicain Lorrain, à « un investissement de 18,5 M€ sur le site en trois ans. »[1] Mais en juillet 2019, les derniers espoirs avaient tôt fait d’être douchés par le placement en redressement judiciaire de la maison mère européenne dans l’Ariège. À la clef, la suppression d’une centaine de postes en Meurthe-et-Moselle.

L’affaire s’inscrit, du reste, dans la triste saga des investissements chinois avortés en Lorraine. L’inauguration en grande pompe à Verdun par Manuel Valls en 2016 d’une usine d’ampoules LED destinée à ne jamais voir le jour en avait sans doute été l’épisode le plus cocasse.  Il était symptomatique en tout cas du déni de nos dirigeants, toujours prompts à se pâmer devant tout projet industriel, fût-il le plus farfelu, qui permettrait un tant soit peu d’accréditer la fable d’une « mondialisation gagnant-gagnant » par laquelle « les emplois de demain » viendraient refleurir nos paysages meurtris par des décennies de désindustrialisation.

Car si les juteux investissements chinois dans les ampoules LED se font toujours attendre, les véritables usines d’ampoules, elles, tirent la langue. Ce mardi, c’est Dr Fischer, installé à Pont-à-Mousson, qui était placé en redressement judiciaire, laissant en suspens l’avenir de quelque 169 salariés. Les difficultés du groupe allemand ne datent pas d’hier. Tout est parti d’une réglementation européenne de 2009 jetant l’anathème sur les lampes à incandescence, au nom de la sacro-sainte efficacité énergétique. En 2014, le journal Vosges Matin rapportait que « trop de précipitation » ne profiterait « qu’à la Chine, très réactive et à sa main-d’œuvre à bas coût ». Et d’ajouter : « Il ne faut pas que l’Europe organise la casse de l’industrie qui lui reste ».

À en juger par la succession récente de drames économiques et sociaux, la « casse » semble avoir déjà largement entamé les derniers oripeaux du glorieux passé industriel lorrain.

[1] https://www.republicain-lorrain.fr/edition-de-longwy/2019/05/30/les-ouvriers-de-fvm-bloquent-les-livraisons


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